Saintes-Maries de la Mer, terre d’accueil, de tradition et de pèlerinage, prie pour nous…

Il se dit qu’à l’aube de la chrétienté, victimes de persécutions en Palestine, les saintes Marie Jacobé et Marie Salomé, proches de Jésus, accompagnées de Sara, auraient débarqué en ce lieu sur une embarcation sans voile ni rame. Guidées par la providence, elles abordèrent le rivage provençal, qui porte désormais leur nom. Les restes de leurs dépouilles sont conservées dans des châsses suspendues dans la superbe église-forteresse des Saintes-Maries et font l’objet d’une procession annuelle qui les amène jusqu’à la mer. De même, Roms, Manouches, Tsiganes et Gitans arrivent lors de leur pèlerinage des quatre coins d’Europe et même d’autres continents, ce qui est impressionnant, pour vénérer leur Sainte, Sara la Noire.

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Ce village, construit entre ciel et mer, là où le Rhône embrasse la Méditerranée, est un magnifique site spirituel où se croisent légendes chrétiennes et tsiganes, animaux sauvages et esprits domptés – ou l’inverse.

La Camargue, un mélange épicé : ses chevaux blancs et ses taureaux noirs dans les manades, ses flamants roses sur les marais bordés de roselière (bandes de roseaux), ses dunes et ses maisons des gardians blanches aux volets bleus et toits de chaume : des paysages reposants contrastant avec la force de vie spirituelle qui nous happe au point qu’on se rêverait gitan !

Tout est réuni pour que l’on ressente en ces lieux la croyance en quelque chose de supérieur et de rassembleur, tout y est imprégné de présence vive. La magie opère et l’on passe de la messe aux arènes avec la même ferveur, portés par les âmes ancestrales et la lumière de la flamme camarguaise.

Et puis il y a les arlésiennes qui vous accueillent pour la course camarguaise où le spectacle des raseteurs et du taureau vous réjouit d’autant plus qu’il n’y a aucune blessure infligée à la bête. Des « bohémiennes » vous proposent des porte-bonheurs tels que l’homme qui porte l’arc-en ciel*, symbole gitan protégeant des mauvais sorts. Une autre vous accueille dans une boutique ésotérique où Shiva le dispute à Tara, sur les conseils de Saraswati, un étonnant mélange de prénom gitan : Sara la Sainte et Swati ** l’indienne ! Quant au magasin où l’abondance de spécialités alimentaires côtoit un autel décoré de la vierge et de dizaines de chapelets du monde entier…

Cette atmosphère est singulière mais parfaitement en accord avec mon esprit et les signaux qui me parviennent au gré de mes pérégrinations sont quelque peu déroutants. Comme le fait d’y lire, durant mon séjour, le dernier ouvrage de Marie de Hennezel dont j’apprends alors que son grand oncle était le marquis de Baroncelli, qui a permis le retour des traditions des gitans et a fait concevoir la croix de Camargue, représentant la foi (la croix et ses tridents de guardian), l’espérance (l’ancre) et la charité (le coeur)…

Un flamenco traditionnel où la guitare s’efface devant un chant identitaire qui donne le frisson me trotte dans la tête tandis que je marche sur la digue, poussée par le vent permanent… je ferme les yeux et me vois sur les routes, en famille ou dansant autour d’un feu. J’étais tsigane… au moins le temps d’un coucher de soleil.

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*l’Indalo : symbole gitan qui apporte du bonheur à celui qui le porte, l’arc en ciel étant le pont entre les mondes physique et spirituel. 186_indalo_colgante_plata

** Swati : nom indien de la troisième étoile la plus brillante en ciel la nuit, appelé Arcturus en monde occidental.

photo de couverture : cliché personnel en l’église forteresse des Saintes Maries

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