Il dĂ©ploya ses ailes au-dessus de mes Ă©paules, tel un ange sombre. Puis referma ses bras avec une douceur totale. Je ne sentais aucun poids, je ne ressentais rien d’autre qu’un souffle sur ma nuque. Fermant les yeux pour mieux savourer l’instant, un point lumineux se mit Ă  tournoyer derriĂšre le rideau de mes paupiĂšres. On aurait dit une minuscule boule Ă  facettes, ce qui ne manqua pas de me faire sourire. J’aimais ces passages Ă©clairs de prĂ©sence divine. J’attendais qu’une musique Ă©thĂ©rĂ©e complĂšte cette prĂ©cieuse minute. Mais rien ne vint. Pas plus de ressenti charnel que de sons. L’abstraction.

Pour la premiĂšre fois dans mes existences, je dĂ©gustais le rien. Un goĂ»t douçùtre mais savoureux d’absence de tout, qui ne ressemblait pas au vide que j’avais si souvent redoutĂ©. Etrange et nĂ©anmoins familier, cet effluve de nĂ©ant avait quelque chose d’enivrant. Je me mis Ă  inspirer profondĂ©ment, puis je passais la langue sur mes lĂšvres pour y goĂ»ter. Je sentis ma peau se tendre, comme si chacun de mes pores s’apprĂȘtait Ă  recevoir la rosĂ©e de ce rien.

PrĂ©cieux passage vers le nĂ©ant, depuis mon petit monde communiant avec l’universel, je me trouvais Ă  la merci de l’éloquence de mon Ăąme, disposĂ©e Ă  s’attarder en un tel moment. Peut-ĂȘtre attendait-elle quelqu’un ?

Sentant un fourmillement au bout de mes doigts, je joignais mes mains en NamastĂ© au bord de mon cƓur, le long du prĂ©cipice de la fĂ©licitĂ©. Un lĂ©ger brouillard pourpre commençait Ă  m’envelopper tandis que toute trace de conviction avait disparu de ma mĂ©moire.

Je conservais prĂ©cieusement en mon sein le sucre des pensĂ©es merveilleuses qui avaient dĂ©livrĂ© mes pas des noires frayeurs, et j’envisageais d’y puiser pour trouver le courage de m’abandonner.

Au prix d’un effort surdimensionnĂ©, je parvins Ă  prononcer mon prĂ©nom, me rappelant Ă  mon prĂ©sent. Je pris alors mon Ă©lan et me jetai dans la foule bienveillante de ces ĂȘtres chĂ©ris. Le rien fit place au bonheur d’ĂȘtre Ă  nouveau sous la lumiĂšre, celle d’avant l’infini.

AprĂšs avoir lu ce texte, que vous Ă©voque la notion de “rien” ?…. Je vous indiquerai ensuite la-les significations de cette prose… 🙂