Il arrive nĂ©cessairement un moment oĂą notre esprit sature… ConfrontĂ©s Ă  la marche rapide de nos congĂ©nères et de notre sociĂ©tĂ© de mĂ©dias et mĂ©diocres ou, très basiquement, Ă  la foultitude d’actions Ă  laquelle nous croyons devoir faire face, de temps Ă  autre le performant logiciel de la pensĂ©e dĂ©raille.

Pour ma part, je ne m’en sors pas trop mal une bonne partie de l’annĂ©e, parvenant Ă  dĂ©faire les filets que les pĂŞcheurs de “bonnes paroles” jettent dans notre ocĂ©an de bien-ĂŞtre, jusqu’Ă  ce que cela me fatigue de tenter d’y Ă©chapper. C’est d’ailleurs en gĂ©nĂ©ral Ă  cet instant que je m’Ă©loigne du numĂ©rique et que je relis attentivement la liste de mes contacts.

D’autres fois, ce sont les mailles de mon propre esprit qui m’enserrent et j’ai beau pratiquĂ© le recul par de l’Ă©vasion multi-sensorielle frĂ©quente, mon esprit en arborescence* manifeste, Ă  un moment donnĂ©, une envie insistante de se mettre sur pause.

Or cette fois-ci, le besoin m’apparaĂ®t plus complet :  il me faut prendre le maquis !

Un maquis psychologique de rĂ©sistance aux pensĂ©es communes qui abdiquent, d’Ă©vitement  des “normo-pensants” qui se protègent derrière leurs pensĂ©es formatĂ©es Ă©touffantes, de renoncement Ă  une adaptation (forcĂ©e) Ă  une certaine communautĂ© de confort social – je ne parle pas ici de biens matĂ©riels mais de comportements.

Il s’agit bien d’une rĂ©sistance pacifiste, mais pour pouvoir prendre le maquis, il faut tout de mĂŞme s’armer : faire des provisions de belles pensĂ©es, emporter un lot suffisant de patience, conserver des coordonnĂ©es utiles Ă  la prĂ©servation de la tranquillitĂ© et d’autres nĂ©cessaires Ă  organiser, si nĂ©cessaire, une garde rapprochĂ©e.

Et puis un maquis affectivo-spirituel : fuir dans les herbes denses de mon esprit fĂ©cond, mais vers une nature plus verte et plus profonde que celle que me dessine l’environnement immĂ©diatement Ă  ma portĂ©e. Moi le camĂ©lĂ©on de l’Ă©change interpersonnel, je me retrouve Ă  vouloir plutĂ´t me fondre avec le paysage de mes envies primaires : la solitude, les plaisirs terre Ă  terre, voire primitifs et l’absence de rĂ©flexion.

En marge de l’utopie, j’opte pour une petite retraite active en forĂŞt de lectures, Ă©critures et rĂŞves ensoleillĂ©s, marches au grand air et respirations cosmiques, choix de menus en pleine conscience, car il ne s’agit pas d’un maquis sombre oĂą l’on peut se perdre, mais d’un espace de fuite Ă©clairĂ©e, joyeuse et positive. L’idĂ©e est justement de ne pas demeurer en confrontation-opposition avec tout ce qui m’agace, me dĂ©pite ou me dĂ©plaĂ®t mais de retrouver la paix de ce que je suis profondĂ©ment.

Et vous, vous arrive-t-il de vouloir prendre le maquis? A quelle occasion? Le faites vous en vous éloignant ou avez-vous des outils pour le faire en restant dans votre quotidien ? Merci de bien vouloir partager vos bonnes idées de maquisard !

*la pensĂ©e en arborescence est une pensĂ©e qui est sans fin car une idĂ©e en appelle une autre, une question entraĂ®ne l’autre, etc… Egalement appelĂ©e “en rĂ©seau”, elle se dĂ©ploie dans plusieurs directions simultanĂ©ment, à grande vitesse et sans limites. C’est une source importante de crĂ©ativitĂ© mais  également source de grande fatigue!

(Concept tirĂ© d’un ouvrage que j’ai trouvĂ© très Ă©clairant : “Je pense trop : Comment canaliser ce mental envahissant” de Christel Petitcollin, Guy Tradaniel Editeur)

photo : clichĂ© personnel d’une douceur dans la Scala (rivière et maquis de Corse)