Je me lance… ce billet sur la spiritualité effeuillera un peu de mon histoire. Certains se diront peut-être « il était temps », puisqu’un blog c’est bien un carnet de bord (web log) où l’auteur livre son vécu et son ressenti ? Pour ma part c’est un exercice un peu difficile, balancée entre la retenue et le souhait avide de partager des idées et des émotions. Ce blog ayant vu le jour pour me permettre d’offrir des ressources dans une malle où chacun pourrait puiser, et non pour ramener à moi les pensées et les actions, je doute toujours lorsque j’emploie le -je-. Mais force est de constater que les sujets que j’évoque ne peuvent rester neutres, ce qui est heureux par ailleurs.

Il se trouve justement que j’ai eu envie de préciser la place de la spiritualité dans ma vie, car dans le cadre d’un article sur « les nouveaux aventuriers de la spiritualité » pour un magazine, j’ai été interrogée sur mes liens avec celle-ci. Et pour répondre aux questions de la journaliste, j’ai du penser aux origines de mon intérêt pour une spiritualité qui guide ma construction personnelle et fait battre le coeur de cet espace 2.0. 

La dimension spirituelle exerce une véritable attraction sur moi depuis l’enfance, interpellée par ce qui était mystique, ce qui me dépassait. Je me souviens que j’aimais aller à l’église avec ma grand-mère maternelle – je trouvais cela mystérieux et grandiose – puis je recopiais consciencieusement dans mon carnet bleu le Notre Père et Je vous salue Marie, que je lui demandais de me dicter. L’accroche fut donc d’abord religieuse et familiale.

Puis, à partir de l’adolescence, j’ai régulièrement abordé les thèmes de la spiritualité dans mes écrits regorgeant de références spirituelles et de paroles de « sages », que j’empruntais pour donner une dimension à mes personnages. Le mental occupait déjà une place prépondérante dans mes journées et mes nuits – grande rêveuse devant l’Eternel – et je peuplais mes poèmes, nouvelles et autres pensées intimes de grandes phrases symboliques !

Les symboles m’importaient davantage que la croyance religieuse au sens strict et c‘est toujours le cas : même si j’affectionne les églises, les veilleuses, les temples et les rites, j’ai davantage d’inclinaison à me recueillir sur l’autel de la spiritualité universelle, celle qui éclaire ma foi en l’homme. Cette universalité figure réellement dans mon espace de vie où se côtoient icônes, madones et bouddhas, ainsi que quelques ornements empruntés à d’autres religions. On la retrouve également dans toutes les publications du Champ des Possibles – les pages de ce blog et de Facebook, les photos d’Instagram et Pinterest.

La croyance en une ou des divinité(s) n’est en fait pour moi qu’une des pièces du puzzle ou plutôt du patchwork de la spiritualité.

Mais dans mon cheminement, je pense qu’un déclic majeur est survenu lors d’une visite de mon frère pendant mes années d’étudiante, après son long périple en Asie – dont l’Inde –  lorsqu’il m’a rapporté photos, sari mauve, bijoux et récits de voyage. C’était beau, empli de chaleur, d’humanité, de promesses. Quelle évidence alors… c’était comme s’il me remettait les attributs de ma vie antérieure !

La spiritualité bouddhiste, cette philosophie de vie, s’est ainsi lentement invitée dans mon esprit – j’ai par exemple étudié la Chine et choisi de plancher sur Confucius en dernière année de fac – me berçant de plus en plus au long des années et, sans doute, au fil des épreuves où l’éveil spirituel m’a offert des ressources fondamentales pour m’élever au-delà de la douleur et des questionnements. Puis la spiritualité en général, d’origine orientale ou africaine, philosophique ou ésotérique, a aiguisé ma curiosité et amplifié mon désir de consacrer davantage de temps à la découvrir et à m’en nourrir.

Par-dessus tout, l’aventure spirituelle m’intéresse au titre de ma quête d’une meilleure connaissance de l’essence de mon être et, par ricochet, de celle des autres : ma pratique de l’introspection depuis toute jeune, doublée d’une nature hautement contemplative (je peux passer des heures à observer et rêvasser…) a trouvé là dans une nouvelle dimension. Je ne recherche plus tant un sens à l’existence – que j’ai toujours trouvée riche et profonde, au sens de l’immensité du champ des possibles qu’offre le simple fait de vivre – mais des clés de compréhension de l’humain, afin de me conduire vers une paix intérieure, physique et mentale, elle-même source de bonheurs (savourer l’ici et maintenant en harmonie avec ce que l’on est) et, plus loin encore, pierre angulaire d’acceptation de la mort.

Animée par cette quête de sens, il me plaît de croire en une réalité plus élevée que la simple réalité factuelle. Pour cela, j’essaie de suivre un chemin qui me permette d’aller à l’essentiel tout en accédant à un éveil de la conscience, une sorte de transcendance. Et l’exercice de la spiritualité m’y conduit.

Ce cheminement personnel s’est avéré complémentaire à un travail psy avec un professionnel, car les questions de l’un trouve souvent ses réponses dans l’autre et les deux se rejoignent vers l’horizon du mieux être et de l’amour de soi, belle destination de toute aventure intérieure.

Je dois ajouter que, n’étant pas aventurière dans l’âme – je ne partirais pas vivre à l’autre bout du monde, ni dans un ashram, ni en mode routard, tout juste une petite retraite pas très loin  🙂 – eh bien je découvre dans cette épopée spirituelle un moyen de vivre une aventure humaine à ma portée…

L’expression de la spiritualité m’est désormais naturelle, elle fait partie de mon raisonnement et de mes actions, en tentant de faire coïncider les deux car il m’importe d’avoir un comportement en accord avec mes valeurs. Les enseignements spirituels m’y aident car ne n’est pas toujours aisé.

J’ai longtemps pratiqué à ma manière sans en parler, tout d’abord parce qu’il ne me semblait pas utile de me répandre sur une démarche qui ne regardait que moi, mais aussi parce que je m’étais (con)fondue dans le moule social et environnemental de mes contemporains. Et puis, la maturité affective, la connaissance de mon être profond, la naissance de mon enfant, mon détachement progressif du matériel, mon désir de vivre en paix avec ce que je suis et avec le monde, tous ces facteurs ont rendu plus fluide l’expression de ma spiritualité. C’est également, il faut le reconnaître, parce que ce mode de pensée et de vie s’est répandu dans nos sociétés et que de moins en moins de gens vous qualifient de mystique, de beatnik ou de bouddhiste parce que vous évoquez des notions telles que méditation, énergies, bienveillance, compassion, instant présent, détachement, sourire à son corps, éloge du bien, mantra, expérience transcendante, Dieu, société heureuse ou paix… et si je dis que j’ai adoré les journées Heartfulness de la méditation par le coeur on ne redoute pas mon adhésion à une secte!

Ma pratique de la spiritualité se traduit par une série de rituels : enrouler mon mala (chapelet tibétain) autour du poignet le matin et le déposer au cou d’un bouddha le soir ; la lecture et la publication quotidiennes sur les divers espaces du Champ des Possibles, véritable « travail-plaisir » qui alimente mon apprentissage ; des temps de respiration-relaxation pour couper court à un penchant naturel pour l’anxiété et l’impatience ; depuis un voyage en Afrique du Sud dans la maison de Gandhi la Satyagraha House, une grande inspiration sur le pas de la porte chaque matin (même par grand froid!) ; des instants (encore insuffisants) de méditation et de récitation de mantras ; ou encore toucher quelques unes de mes innombrables statues de bouddha (je trouve cela très rassurant ! 🙂 ).

Des livres et magazines, des discussions et conférences m’ont également ouvert la voie vers de vrais accomplissements : cultiver l’empathie envers les autres et la bienveillance à mon égard, éloigner le jugement, travailler l’humilité et l’acceptation du réel, distinguer ce qui relève de l’essentiel et du superflu, m’affranchir du regard des autres, savourer davantage de moments présents. J’ai eu à coeur d’utiliser plusieurs portes d’entrée pour découvrir celles qui m’ouvrent à moi-même et m’apportent une confiance : après le tai chi et le yoga, ce sont la pratique méditative et du qi gong qui confortent mon être dans une sécurité intérieure.

Ainsi, la diversité des jardins dans lesquels je cueille m’aide à avancer sur la longue route et à semer à mon tour. Elle n’exprime, me semble-t-il, ni un « zapping » spirituel ni un suivi de modes mais correspond à ma nature façonnée de plusieurs cultures, plusieurs lieux de vie et à une ouverture d’esprit. J’emprunte à différentes sources, sans élitisme ni sectarisme, ce qui me parle le plus, ce qui alimente ma foi en l’existence de l’immatériel et du « supra », des sources qui composent l’humanité. Et cela me permet de ne pas tomber dans l’orthodoxie d’une seule voie. Toutefois, gare à la boulimie car on peut se perdre au milieu des herbes hautes (du champ) de la spiritualité et le risque est réel de s’éparpiller sans consolider ses propres fondations. Comme en tout cheminement, des guides – qu’ils soient proches de nous ou lointains maîtres spirituels – sont bien utiles. A chacun de trouver les siens, sans « gourouiser » son existence ni se bercer de vaines utopies.

Pour me canaliser, je m’efforce de retrouver la motivation profonde qui me sert de boussole : la volonté de progresser, d’améliorer ce qui me constitue, en particulier dans ma relation à l’autre, à la nature et dans mon appartenance à la communauté humaine. Et ceci passe par l’échange au sein de cette spiritualité dans toutes ses ressources, car ne nous méprenons pas : l’intériorité n’est pas contradictoire avec le partage et la communion, au contraire, elle les facilite. Elle aide notamment à tout faire, comme le dit Alexande Jollien, pour « déraciner les poisons mentaux qui nous empêchent de vivre avec les autres ».

C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à créer le blog du Champ des Possibles : aller au-delà de ma quête personnelle et m’enrichir de cette mise en commun, après tout, on n’est riche que de ce que l’on peut donner aux autres.

La spiritualité me paraît donc source de liberté, de cohérence et d’unité en ce qu’elle constitue un pont solide des relations avec autrui : elle invite à la tolérance, à la compassion, à des relations plus diversifiées, plus apaisées… et même au choix des relations (avec qui on entretient le lien et sur quel mode). La spiritualité gagne ainsi ses lettres de noblesse lorsqu’elle mène vers le reste du monde et facilite le passage d’une action personnelle à une « mission » plus collaborative et collective, telle qu’un engagement citoyen.

Alors oui, la spiritualité est une grande aventure et produit de beaux effets, même si, pour ma part, j’ai besoin de quelques vies encore ! 😉

Voici mon aventure au pays de la spiritualité et pour quelqu’un qui peine à accaparer le récit, c’est un post bien long! 

Et vous, comment le voyage spirituel vous a-t-il tenté? Etes-vous mono ou poly-spirituel ? Ou bien avez-vous des envies de découvrir ces horizons sans oser prendre un billet ? Le Champ des possibles serait heureux d’accueillir votre témoignage.

En attendant, bon cheminement à vous!

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