La mudrâ est un geste rituel sacré, un signe qui exprime une force invisible. Le mot lui-même signifie « sceau  » ou « signe », révélant l’intention à la fois de sceller et de manifester, autrement dit de « traduire » par des moyens différents des mots.*

« Lorsqu’on décida de représenter le Bouddha Gautama Śākyamuni sous forme humaine, au début de l’ère chrétienne, on associa des gestes symboliques aux principaux épisodes de sa vie. De cette manière, malgré l’uniformité apparente des représentations, on pouvait clairement identifier l’événement qui était ainsi évoqué. »

Par exemple, la prise de la terre à témoin où la main droite est pendante, la paume tournée vers le Bouddha,  les doigts allongés touchent le sol : la bhûmisparsâ mudrâ.

« Par la suite, de très nombreux autres gestes viendront s’ajouter à l’iconographie bouddhique portant à plus de cinquante ceux que l’on peut observer dans les différentes figures du panthéon, et jusqu’à cent-huit pour les gestes spécifiques aux rituels tantriques : par exemple les gestes de « menace », associés aux divinités « courroucées », ou le « poing de sagesse », caractéristique de certaines formes du buddha « primordial » Mahāvairocana » (…)

Les gestes de mains appelés mudrā ne sont pas spécifiques du seul bouddhisme : ils appartiennent au fonds culturel indien. Certaines sont déjà décrites dans l’un des plus anciens textes connus sur les arts du spectacle, le Nāṭyaśāstra, probablement antérieur au début de notre ère. »

(in Reconnaître les gestes symboliques – Institut d’Etudes Bouddhiques).

Il existe donc une myriade de mudrâs, la plus répandue étant l’anjali-mudrâ, les mains jointes à hauteur de poitrine, la manière par excellence de saluer l’interlocuteur, en Inde, Thaïlande, Birmanie et Tibet.

Dans ce geste, pratiqué notamment dans le yoga, nous lions notre partie spirituelle et matérielle, l’énergie solaire et lunaire et le fait de joindre les mains à la poitrine, au chakra du cœur, apporte la paix et l’amour. C’est aussi la mudrâ de demande et de remerciement. J’aime particulièrement ce signe.

La dhyâna-mudrâ est largement connue : mains superposées reposant dans le giron du méditant, paumes vers le haut, doigts allongés et pouces se touchant pour former un triangle, c’est le sceau caractéristique de la méditation, de la concentration sur le dharma. Elle symbolise l’Eveil, cet instant privilégié où les contraires sont transcendés et où s’ouvre l’accès à la sagesse omnisciente.

Il y a aussi celles qui font du bien comme le prana mudrâ, l’index et le majeur collés tandis que les trois autres doigts se touchent en arrondis (un peu comme un « peace and love »). Dans ce geste, l’élément de feu est associé à l’élément de la terre pour purifier et augmenter le prana (l’énergie vitale). Ce signe est dynamisant et donne de la force et aide aux problèmes des yeux et du sommeil. Personnellement, je trouve qu’il invite à l’attention et à la paix.

034c63a4eb8b15ad012b7c07cbd15388 (prana mudrâ)

Les mudrâs permettent d’exprimer un sentiment ou une situation et de faire passer un message plus fort que les paroles ; elles permettent aussi à mon sens, de marquer le respect, l’humilité, la compassion et tous ces sentiments de communion avec l’invisible comme avec notre prochain, que l’on retrouve dans de nombreuses civilisations (par exemple la main sur le coeur en Afrique du Nord et Afrique noire) et qui m’inspirent.

Quelle mudrâ pourrait vous représenter? Avez-vous déjà un geste qui manifeste votre contact avec les autres ou un signe pour vous-même?

*Extraits du livre « Les symboles du bouddhisme tibétain » Claude B. Levenson (Ed. Assouline)

Photo principale : représentation de la vitarka mudrâ, geste de l’argumentation, de l’explication de la Loi. Normalement, le pouce et index se touchent mais cette fois, un coeur accompagne le geste et j’y vois la bienveillance de l’argumentation.

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