Une fille de marchand prétendait qu’elle ne pourrait aimer que l’homme qui trouverait le moyen de remplir tout l’espace de sa chambre en moins d’une journée. Or sa chambre était aussi vaste qu’un palais! Plusieurs prétendants étaient déjà venus tenter l’aventure. Un boutiquier avait voulu remplir la pièce de ses bahuts, un paysan avait essayé avec du foin et de la paille, un berger avec de la laine, un fermier avec des plumes, il y avait même eu un batelier pour se risquer à inonder la pièce…

A tous, le temps avait manqué, et le soleil s’était couché en éclairant de ses derniers rayons les espaces vides qui demeuraient dans la pièce. Arrive enfin un jeune poète. Il reste tout la journée dans la chambre à ne rien faire si ce n’est regarder la demoiselle. Elle, émue par tant de paisible attention, lui rappelle au crépuscule du jour, qu’il faudrait tout de même songer à remplir la pièce.

Alors le garçon a sorti une bougie de sa poche, l’a posée devant lui, en a allumé la mèche, et sa lumière d’un coup a empli tout l’espace.

On raconte que le soir des noces, la jeune épouse a dit à son époux :

– En vérité, il y avait un espace dans la pièce que tu n’as pas éclairé, et c’était précisément celui qui se trouvait sous la bougie, à l’endroit même où elle reposait!

– C’est vrai, a fait le jeune homme. Mais pourquoi n’en as-tu rien dit?

– Parce que, a répondu la nouvelle mariée, je me sens moi-même comme cette chambre que tu as emplie de lumière, conservant toutous au fond de moi une part d’ombre secrète dans laquelle nul jamais ne pourra pénétrer.

In Contes des sages et fous amoureux – J.Jacques Fdida – Ed. Seuil

ombre-et-soleil

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